Impressions Provençale

Le Mont Ventoux 1912 m.

J’avais un certain avantage, celui de me rendre assez souvent dans le charmant petit village de Rochegude (roc aigu ) situé à la charnière du Vaucluse et de la Drôme, où ses maisons anciennes aux ruelles étroites se pressent autour de son château et de son église. A l’entrée du village, un petit sentier passe devant la plus vieille chapelle romane de la région (moitié XI ème S ) où j’en faisait toujours le tour avec admiration et curiosité, inspectant chaque pierre sculptée, avant de m’élancer vers le haut de la colline. Le petit vent frais du matin, la senteur du bois des pins, le silence de cette forêt, où seul le bruit des pas étouffés par les aiguilles de pins, accompagnaient ma promenade matinale jusqu’au sommet, où trônait en son centre une Vierge au jolie visage souriant expriment toute la douceur. De mon « bédéraou » (*) la vue était immense, grandiose et infinie sur un paysage de vignoble sans frontière, où au loin se dressait l’imposante forteresse médiévale militaire de Suze-la- Rousse au lourd passé. Aujourd’hui, inoffensive, elle est devenue l’université des vins, de formations, de congrès, etc.., ou tout ce qui a trait à la culture de la vigne. Vers l’est, se dessinait le village de Sainte Cécile les Vignes, où bien entendu la vigne rythme, comme aujourd’hui la vie des habitants. Voilà ma petite promenade matinale quotidienne. Celle aussi de monter par les petites ruelles jusqu’à la terrasse du château où je bénéficiais du même paysage.

 

Après avoir parcouru et visité différents secteurs de la région, visité le Théâtre Antique ainsi que l’Arc de Triomphe ( art roman Provençal ) à Orange, les vestiges du site archéologique Gallo-romain, le Théâtre Antique (choralies ), témoins de la grandeur passée de l’antique période Romaine, où, 2000 ans d’histoire s’expose à ciel ouvert à Vaison-la- Romaine, les typiques marchés de Provence, bruyants et colorés, où flottent un parfum de lavande, de romarin et de basilic, « et par-dessus tout ça un ‘acent’ qui se promène et qui n’en finit pas », chantait G. Bécaud. Après avoir randonné dans les « Dentelles de Montmirail », dégusté le réputé vin des caves de Rasteau ou du Gigondas, ou d’ailleurs, que restait-il à visiter ? Bien entendu les lieux à visiter en Provence sont inépuisables, mais connaissez-vous le Seigneur de Provence ? Nombreux sont ceux qui y sont allés en vélo lui rendre visite et qui ont gardé un souvenir inoubliable pour cette rude ascension.

 

Le « Seigneur de Provence », c’est ainsi que les gens du pays surnomme ici le Mont Ventoux 1912 mètres où il règne incontestablement sur la Provence. On le voit de loin et de loin il remplit l’horizon de sa masse sombre. Pour en faire son ascension…à pied, c’est au petit matin qu’il faut partir, vous savez, juste au moment où l’aube éteint les dernières étoiles sur la ville de Carpentras. Car, c’est à ce moment-là qu’on le devine et qu’on commence à le caresser du regard. Bientôt et très vite, les premiers rayons de soleil apparaissent, la campagne s’anime, je scrute la ligne de crête car je sais que brutalement le soleil va bondir. Le voilà….., inondant de sa lumière, de sa clarté vignes et villages qui s’éveillent ballottés par les vents du matin. Le Géant de Provence montre maintenant ses flancs abrupts, sillonnés de profonds ravins, qui soulignés par le soleil levant, cachent dans ses plis de nombreux sentiers, ainsi que le charmant hameau des Baux.

 

Après avoir traversé le village de Bédoin, une petite route grimpe vers le hameau des Baux où démarre le sentier conduisant au sommet du Mont Ventoux. Les petites maisons provençales aux couleurs blanches ou ocres et aux volets bleus clos, se regroupent sous les pins, ou s’égrènent dans les vignes en parfaite harmonie. Tout respire le calme dans ce bourg encore endormi malgré l’heure matinale. La voiture roule au pas lentement jusqu’au bout du chemin, où enfin je découvre le parking. Quelques panneaux directionnels indiquant que je suis au bon endroit. J’évite tout bruit de portières par respect aux habitants des maisons voisines. Un petit chien déjà dehors, qui me regarde avec curiosité semble être habitué à la présence des randonneurs, ne manifestant aucun aboiement.

 

Me voilà équipé, mon sac à dos fermé et la portière refermée délicatement. Le sentier prend une direction oblique nord-est que le pas emprunte rapidement, montant en lacets vers un jour nouveau. Aux pentes maigrement revêtues de chênes, de buis et pins, succèdent le beau « Plateau de Cèdres » que je traverse. Ce sentier coupe plusieurs fois la route goudronnée, où je dois rechercher le balisage, pour pénétrer dans la végétation et poursuivre ma montée. La nature au sévère climat hivernal fait place maintenant au relief minéral. Dans le silence des pierres et le gémissement du vent, cette nature semble pesante, voire oppressante. Enfin, voilà le blanc désert, le blanc des pierres calcaires, responsable de cette vive couleur, rabotées par les vents, les foudres et les tempêtes, cette grande tache blanchâtre que je voyais de loin à l’approche du Mont Ventoux. De gros cairns dans cet immense pierrier, que je suis, tantôt à gauche, tantôt à droite, me conduisent au sommet du Mont Ventoux comme dans une allée impériale. Après 5 heures de dure montée, quel bonheur, quelle récompense de se positionner sur le toit de la Provence. Je regarde autour de moi, et je cherche le meilleur observatoire. Au sud, le Luberon et les Alpilles s’évaporent dans le lointain. A l’est, derrière l’horizon, la chaine montagneuse des Alpes abaisse ses sommets pour venir baigner leurs bases dans les eaux de la mer Méditerranée, alors qu’à l’ouest, le Grand Rhône enfin dompté, vient terminer son parcours lui aussi dans la Méditerranée, pour former dans ces immenses frontières naturelles ce qui était autrefois une grande et puissante province romaine, où dans son milieu trône le Géant de la Provence du haut de ses 1912 mètres. Au fond, dans la plaine, le regard accroche un immense paysage fait de forêts, de tours, d’églises, de villages, de pierres et de soleil. Je pose un dernier regard sur ce paysage infini avant d’entamer ma descente, ce qui me fait penser à une phrase gravée dans une pierre lors de la visite du ‘’Jardin des 9 Demoiselles à Vaison-la- Romaine.

 

« Je regarde le paysage, il vient à moi, rien n’est pris à personne quand je pars…..

 

 

Je trouve enfin l’itinéraire de la descente, celui-ci me fait passer devant un immense tas de pierres, 2 ou 3 mètres de haut peut-être. A proximité, un panneau où il est écrit que chaque randonneur doit poser une pierre en faisant un vœu. Je m’exécute. Plus bas, je retrouve mon sentier du matin qui me conduit au hameau qui a retrouvé ses bruits habituels. Arrêt à Bédoin, achat de quelques cartons de vin où une cave exposait sa vente à même le trottoir. Retour à Orange par Carpentras.

 

Cette randonnée représente la 2ème ascension du Mont Ventoux. Ma 1ère ascension, mon raccourci m’a fait passer par le Col des Tempêtes 1829 m. situé à l’est mais très proche du sommet ( col qui n’a pas volé son nom ) que j’ai rejoint en suivant la route goudronnée. Rencontre au sommet d’un couple de randonneurs Allemands, avec lequel nous avons sympathisé. La lourde porte de la chapelle du Mont Ventoux était ouverte, la neige encore présente en cette saison empêchait toute fermeture et s’était accumulée à l’intérieur, et c’est sur les marches de l’autel que nous avons mangé à l’abri des rafales de vent. Ensemble, nous avons repris le chemin du retour en descendant la route goudronnée, où ces randonneurs avaient garé leur voiture au Chalet Reynard ( station locale de skis de pistes ) sur les pentes sud du Mont Ventoux. Après avoir consommé au Chalet, ces sympathiques Allemands m’ont ramené à mon véhicule au hameau des Baux

 

(*) Bédéraou : Belvédère en Provençal.

 

Georges.